Une phrase revient régulièrement chez mes clients : "mon référencement n'est pas bon". Et je connais bien leurs sites, c'est moi qui les ai construits ou repris en main : structure propre, hébergeur correct, scores PageSpeed dans le vert. Et pourtant peu de visites organiques, peu de citations dans les outils IA, aucun signal fort que le site représente quoi que ce soit pour Google ou pour ChatGPT.
Mais ça ne suffit plus depuis 2023. Avec l'arrivée des moteurs IA (ChatGPT, Perplexity, et les résumés IA de Google), le SEO se joue plus que jamais sur deux plans : un plan technique, qu'un dev couvre proprement, et un plan sémantique, qui demande un autre métier. Ce second plan ne se code pas, il s'écrit, et il s'écrit en connaissant le secteur du client.
Cet article raconte comment je traite désormais le plan sémantique, avec un audit Claude bien briefé, et un cas client B2B en preuve. Comme mon premier article du carnet, c'est un journal de pratique : je raconte ce que j'observe, pas ce que je prédis.
Deux plans, un poids qui bascule
Le SEO s'est toujours joué sur les deux plans, technique et sémantique. Ce qui a changé, c'est leur poids relatif. Deux mouvements de fond ont fait basculer la balance. Premier mouvement : Google a formalisé le critère E-E-A-T (Expérience, Expertise, Autorité, Fiabilité : les quatre signaux qu'il évalue depuis 2022 pour décider qu'un site mérite d'être bien classé). Deuxième mouvement : les moteurs IA (ChatGPT, Perplexity, Google AI Overviews) ne renvoient plus dix résultats, ils synthétisent et citent deux ou trois sources. Pour être source, il faut être identifié comme expert.
Le plan technique. Crawl, performance, schémas structurés, sécurité, fichiers d'accès. L'objectif est clair : viser le 100/100 dans les quatre domaines de PageSpeed Insights (Performances, Accessibilité, Bonnes pratiques, SEO) pour plaire à Google. C'est mesurable et vérifiable : PageSpeed donne un score, les validators schema.org disent oui ou non. Le périmètre est délimité.
Le plan sémantique. Le texte répond-il vraiment à ce que la cible cherche, ou se contente-t-il de mots-clés ? Les auteurs sont-ils identifiables et crédibles aux yeux de Google et des IA ? Le sujet visé est-il assez précis pour exister face aux gros sites du secteur ? La requête ciblée est-elle saturée par des références bien installées, ou reste-t-il une place tenable ? Aucune de ces questions ne se règle dans un fichier de configuration. Une connaissance fine du secteur du client est nécessaire.
Le dev maîtrise outillage et méthode pour le premier plan. Le second relève d'une autre discipline. Reste à savoir comment l'ouvrir sans devenir consultant SEO à plein temps.
Le palier technique, ce qu'un dev livre proprement
Voici, en 2026, ce qui constitue un palier technique correct. Liste factuelle, pas exhaustive.
Performance. Un cache serveur bien réglé (LiteSpeed
Cache sur WordPress, par exemple), un CDN (un réseau de serveurs qui
distribuent les fichiers depuis un point géographique proche du
visiteur, pour réduire la latence), conversion automatique des images
en WebP (format moderne, 30 à 50 pour cent plus léger que le PNG ou le
JPG), preload de l'image LCP (l'image principale visible dès le
premier écran) avec fetchpriority="high" pour que le
navigateur la charge en priorité, stabilisation du CLS (Cumulative
Layout Shift, la mesure des sauts de mise en page pendant le
chargement).
Schémas structurés. Des fiches d'identité techniques que Google et les IA lisent en plus du contenu visible. Organization enrichie (langue, zone desservie, domaines d'expertise, contact), Service ou ItemList pour décrire les offres, un schéma pour les rubriques FAQ, BreadcrumbList pour le fil d'Ariane. Sans ces schémas, les moteurs doivent deviner l'identité du site.
Accès aux moteurs IA. Un fichier llms.txt
structuré (format de description simple destiné aux modèles de langue)
et un robots.txt (fichier qui dit aux robots des moteurs
ce qu'ils peuvent indexer) ouvert aux principaux robots IA (ChatGPT,
Claude, Perplexity, etc.). C'est le minimum pour ne pas être invisible
côté GEO (Generative Engine Optimization, l'équivalent du SEO pour les
réponses générées par IA).
Sécurité et propreté. En-têtes HTTP modernes (instructions techniques que le serveur envoie au navigateur pour durcir la sécurité : HSTS, X-Content-Type-Options, Referrer-Policy, Permissions-Policy, X-Frame-Options), redirections 301 quand une page change d'URL et 410 quand elle disparait volontairement, canonicalisation HTTPS pour forcer la version sécurisée, gestion correcte des slashes finaux.
Tout ça est outillable, vérifiable en direct, et c'est ma zone de confort. Indispensable. Mais c'est un palier, pas un sommet.
Le palier sémantique, ce qui ne se code pas
Quatre familles de signaux relèvent du sémantique, et aucun ne sort d'un fichier de configuration.
L'E-E-A-T appliqué. Concrètement, ça veut dire des choses simples. Une page À propos avec les fondateurs nommés, leur photo, leur parcours. Un auteur signé sur les contenus longs. Quelques mentions presse ou citations externes quand on en a. Le pari de Google et des IA est lisible : si je peux identifier qui parle et pourquoi je devrais lui faire confiance, je le cite. Sinon, je passe.
L'intention de recherche. Ne pas écrire pour des mots-clés mais pour ce que les gens cherchent vraiment. "Refaire son site web" peut être informationnel (comprendre les étapes, comparer les approches) ou transactionnel (trouver un freelance qui s'en occupe). La même requête appelle deux contenus différents. Choisir, c'est connaître la cible.
Les articles piliers. Des contenus longs, 2000 à 4000 mots, qui couvrent un sujet de bout en bout. Le format a pris du poids depuis 2023. À l'usage, je vois mieux passer un article qui répond à toutes les sous-questions d'une recherche, plutôt qu'une dispersion de billets courts sur le même thème.
La citabilité par les IA. En pratique : phrases courtes qui se tiennent toutes seules, réponses directes en début de section, structure question-réponse dans les H2. Les IA picorent des passages bien découpés, elles ne s'embarquent pas dans des paragraphes flous.
Si je dois résumer : ce travail-là est éditorial, pas technique. Il demande de connaître le secteur du client, d'avoir du temps de rédaction, et une stratégie éditoriale qui tienne. Un dev seul ne le porte pas. Pour les clients qui veulent y aller à fond, j'oriente vers un consultant SEO ou un rédacteur spécialisé. Moi, je peux ouvrir le chantier, le baliser, livrer la fondation. Pas écrire à leur place.
Pourquoi mes essais Semrush ne m'ont pas convaincu
J'ai testé Semrush juste en essai gratuit. Le produit est solide. Pour un expert SEO qui pratique le métier au quotidien, c'est un outil puissant : volumes de recherche par requête, position concurrentielle, audit on-page (l'analyse de chaque page sur ses critères techniques et éditoriaux), suivi de mots-clés. Quelqu'un qui sait lire ces chiffres en tire des décisions.
Pour un dev comme moi, c'est différent. Le rapport sort des scores, des écarts, des listes de requêtes à viser, des recommandations génériques type "ajoutez du contenu sur cette thématique". Mais entre lire un dashboard et présenter un plan d'action à mon client, il manque une étape : transformer les données en arbitrages concrets. Cette étape demande de connaître le secteur du client et de savoir ce qu'on cherche dans les chiffres. À mon niveau sur le SEO sémantique, je n'avais pas ça.
C'est là que l'IA m'a aidé. Pas à remplacer Semrush, mais à comprendre les chiffres et à brainstormer le plan d'action. Je lui apporte le contexte du client et les données, et on construit ensemble le récit que mon client peut lire et exécuter. Le tarif Semrush (de l'ordre de 100 € par mois) n'est pas le sujet principal. Le sujet, c'est ce qui se passe entre les chiffres et la décision.
Le plugin Claude qui m'a fait franchir le pas
J'utilise un plugin Claude dédié à l'audit SEO, exécuté en local sur ma machine. Avant que ça crawle quoi que ce soit, je passe quelques heures avec Claude à expliquer le client : son secteur, son public, ce qu'il vend, qui sont ses concurrents identifiés, ses contraintes. C'est une conversation longue, pas un formulaire à remplir.
Ensuite, le plugin crawle le site, lit les schémas, mesure tout ce qui peut l'être (perf, accès, sécurité), et croise avec ce qu'il sait du marché du client. À la sortie, deux documents : un "état des lieux" qui inventorie ce qui est en place, et un "plan sémantique" qui détaille ce qu'il reste à faire, écrit en langage de client final, pas en jargon dev.
La différence avec Semrush, à mon usage, n'est pas dans la finesse de la mesure. C'est dans la forme du livrable. Semrush sort un dashboard de chiffres. Le plugin Claude sort un récit avec un plan d'action chiffré. Et c'est ce qui change tout pour moi : un récit, je peux le présenter à mon client en visio sans devoir traduire les chiffres au fil du discours. Un plan, je peux le découper en chantiers et l'estimer en heures de travail. Le client repart avec quelque chose qu'il peut exécuter, pas avec un tableau de bord à interpréter.
Et il y a une limite à poser. Ce que produit le plugin n'est pas à prendre pour argent comptant : c'est une proposition argumentée, à relire et à challenger. En pratique, je le couple toujours à des outils du marché (Semrush en démo, PageSpeed Insights, Search Console, validators schema.org). L'IA aide à comprendre et à brainstormer, pas à mesurer. C'est ce double appui (l'IA pour la lecture, les outils reconnus pour la vérification) qui rend le livrable solide.
Mon test, un cas client B2B en 9 jours
Un client B2B basé en France. Site sous WordPress avec Elementor Pro, hébergement Hostinger, LiteSpeed côté serveur, QUIC.cloud comme CDN, SEOPress et SecuPress côté plugins. Stack typique du B2B français qui veut rester maître de son outil sans assembleur lourd derrière.
Le client arrive avec la même phrase qu'en intro : "mon référencement
n'est pas bon". À l'audit initial, on est à 70 sur 100, performance
mobile à 88 sur PageSpeed. Les schémas sont pauvres, pas de
llms.txt, et plusieurs bugs critiques traînent (un lien
cassé sur la home, un conflit robots.txt sur la page
newsletter, des en-têtes de sécurité absents).
Ce qu'on a déployé en huit vagues sur neuf jours :
- Refonte de la structure SEO côté Elementor, et configuration complète de SEOPress (titres, meta descriptions, sitemap, Knowledge Graph, balises sociales).
- Sécurité
.htaccessdurcie avec des en-têtes HTTP modernes, redirections 301 et 410 propres, canonicalisation HTTPS forcée. - Conversion automatique des images PNG et JPG en WebP via QUIC.cloud, avec un gain de poids significatif sur la page.
- Schéma Organization enrichi avec un type secondaire ProfessionalService, et liste structurée des offres exposée pour les moteurs IA.
- Fichier
llms.txtdéployé,robots.txtouvert aux principaux crawlers IA, FAQ étoffée. - Stabilisation du CLS desktop via une
min-heightciblée sur l'élément Elementor qui causait le saut de mise en page.
À la fin des neuf jours, les jauges PageSpeed passent au vert : 91 en mobile, 99 en desktop, 100 sur le SEO technique. Le score audit global, qui intègre aussi la note "contenu", monte de 70 à 78 sur 100. Le palier technique est tenu, le contenu reste à faire (et c'est exactement ce que dit le pivot du livrable).
La phrase qui structure le livrable, citée telle quelle : "Le palier technique est atteint au meilleur niveau raisonnablement accessible sans toucher au contenu. Le travail restant est sémantique." C'est le pivot, et c'était important pour moi qu'il soit posé dès le premier livrable. La suite n'est plus de mon seul ressort.
Ce que je livre désormais à mes clients
Ce que ça change dans mon livrable.
Jusque-là, mon livrable tenait en une phrase : un site rapide, propre, indexable, avec les bons schémas. Une fondation technique solide, et peu de récit autour pour le client.
Aujourd'hui, je remets trois choses au client, pas une seule. D'abord, un état des lieux chiffré et raconté : ce qui a été fait, ce qui marche, et ce qui plafonne. Ensuite, un plan d'action sémantique priorisé qui pointe les chantiers à ouvrir (page À propos avec les fondateurs, landings à réécrire pour sortir du contenu trop court, articles piliers ciblés sur les vraies requêtes du marché). Enfin, un calendrier d'exécution réaliste, avec un effort estimé en heures par chantier, pour que le client puisse arbitrer ce qu'il fait lui-même, ce qu'il sous-traite, et ce qu'il diffère.
L'objectif : que le client puisse continuer le chantier sans moi s'il le souhaite, à son rythme, avec son rédacteur ou en interne. Je tiens la promesse "restez maître" que je porte depuis le début sur mes projets : le client dépend de moi sur ce qui est mon métier, pas sur le reste, et il a une carte claire pour décider de la suite.
Ce que je ne fais toujours pas
Trois choses restent hors de mon périmètre, et je préfère le dire d'entrée.
La rédaction sémantique fine. Faire une recherche concurrentielle approfondie, construire un ton de marque, écrire des contenus B2B éditoriaux longs. C'est un métier à part, qui demande de connaître le secteur du client mieux que moi. Pour les clients qui veulent y aller, j'oriente vers un rédacteur spécialisé.
Le suivi mensuel des positions et la mise à jour des contenus sur la durée. Surveiller les requêtes, mettre à jour les articles quand l'algorithme bouge, ajuster les balises selon ce que la Search Console remonte. C'est du travail de consultant SEO, sur un rythme régulier que je n'ai pas pour l'instant.
Les arbitrages stratégiques de marque. Décider qu'un positionnement éditorial vaut mieux qu'un autre, c'est l'affaire du client et de son équipe. Je peux poser des questions, je peux challenger, mais c'est lui qui tranche.
Ce que je peux apporter, c'est le pont : ouvrir proprement le chantier sémantique, livrer la fondation technique sur laquelle tout repose, et donner la carte. Le client choisit ensuite la ressource qui exécute, et le rythme qui lui convient.
Et après
Ce processus est jeune : quelques mois de pratique, deux ou trois cas clients à mon actif. Beaucoup reste à affiner, et la forme du livrable va évoluer. Les chiffres que j'ai avancés ici (70 vers 78 sur neuf jours) sont ceux d'un cas particulier, pas une promesse à reproduire.
Dans six mois, je documenterai ce qui marche et ce qui casse, avec d'autres cas à l'appui. Que la méthode tienne ou qu'elle casse à un endroit, je l'écrirai. C'est ce que je cherche dans ce carnet : raconter la pratique, pas vendre une recette.
Si vous me lisez avec un site dont le référencement plafonne et que vous voulez en parler concrètement, le formulaire est par là. Merci pour la lecture.